
VIOLETTE LAZARD | 17.09.2010, 07h00
Les réactions se sont multipliées, hier, après
les révélations du « Parisien » - « Aujourd’hui en France », sur la
protection présumée dont aurait bénéficié le fils du directeur général de la
police nationale (DGPN), Frédéric Péchenard.
La direction de la police a tout d’abord confirmé que le jeune homme
avait bien été interpellé sur les Champs-Elysées le 17 février 2009 alors
qu’il conduisait ivre. La teneur des procès-verbaux ainsi que la note de
service relatant le déroulement de la soirée (NDLR : nos éditions
d’hier) ont également été confirmées. Le dépôt d’une plainte pour
« outrage à agent » par un des gardiens de la paix a enfin été validé, même
si le parquet de
Paris
n’en a jamais eu connaissance, aucune poursuite n’ayant donc été engagée.
Les délits dont était apparemment passible le jeune homme sont, d’après la
loi, punis de deux ans de prison 7 500 € d’amende.
Mais interrogé par le journal « le Monde », le grand patron des policiers
français a nié être intervenu afin d’enterrer la procédure. De la même façon
que son entourage l’avait expliqué au « Parisien » la veille, Frédéric
Péchenard a déclaré : « Comme n’importe quel père, je suis allé le chercher
au commissariat. J’étais évidemment navré, je me suis excusé. Cette affaire
qui sort dix-huit mois après les faits dans le contexte actuel n’a qu’un
but : me salir. » Une allusion à l’enquête des services secrets sur les
fuites dans la presse dans le cadre de l’affaire Bettencourt, que Péchenard
aurait ordonnée.
Ce sont toutefois les
syndicats de police qui ont le plus vigoureusement pris la défense de
leur chef. « Frédéric Péchenard n’est pas homme à vouloir de passe-droit »,
a déclaré Jean-Claude Delage, secrétaire général d’Alliance, qui comme tous
les syndicats de police a soutenu le DGPN. Le secrétaire général d’Unité
police SGP-FO (premier syndicat de gardiens), Nicolas Comte, s’est également
dit « surpris » que cette « affaire sorte maintenant ». Il a laissé entendre
que ces pratiques, même si elles sont taboues, sont courantes quand elles
concernent un « fils de ».
Ces déclarations ont provoqué une vive réaction de Christophe Régnard, le
président de l’Union syndicale des magistrats (syndicat majoritaire).
« Il me semblait qu’en 1789 les privilèges avaient été abolis, a répliqué le
magistrat. Le fait que des syndicats de policiers tiennent ce genre de
propos est inquiétant. Rappelons que l’outrage à agent et la conduite en
état d’ivresse sont combattus avec force! » Il ne comprend pas non plus
pourquoi le parquet n’a jamais été averti. « Ce n’est pas aux policiers de
décider s’ils doivent ou non classer une affaire. Le président de la
République lui-même, dans un de ses discours, avait demandé que les parquets
soient systématiquement prévenus et des poursuites engagées en cas
d’atteinte aux services de police. S’il avait porté un autre nom, ce jeune
homme aurait donc dû être placé en garde à vue puis être convoqué devant un
tribunal. Peut-être n’aurait-il eu qu’un rappel à loi, mais, au moins, il
aurait été traité comme tous les citoyens. » En théorie, le jeune homme
pourrait encore recevoir cette convocation. Car les trois ans nécessaires à
la prescription du délit ne se sont pas encore écoulés. Le parquet n’a pas
souhaité s’exprimer.
Le Parisien