02.09.2010, 21h29 | Mise à jour : 03.09.2010, 13h28
Après son ministre de l'Intérieur,
Nicolas Sarkozy s'est lui aussi indigné ce vendredi de la décision du
juge de la liberté et de la détention de remettre en liberté le second
braqueur présumé du
casino d'Uriage-les-Bains (Isère). Le président de la République a
estimé que cette libération sous contrôle judiciaire était «difficilement
compréhensible.
»
Depuis l'annonce de cette remise en liberté jeudi soir, la polémique ne cesse de prendre de l'ampleur entre magistrats et policiers. S'estimant sévèrement attaqués par les syndicats de police et le ministre de l'Intérieur, les magistrats en appellent à leur ministre et Garde des Sceaux Michèle Alliot-Marie. L'Union syndicale des magistrats (USM) a demandé à la garde des Sceaux Michèle Alliot-Marie de rappeler «les grands principes qui fondent l'état de droit en France» que sont «la séparation des pouvoirs».
Christophe Vivet, secrétaire national de l'USM, vice-procureur à Grenoble, a notamment déploré «l'utilisation de termes absolument inacceptables», comme celui «forfaiture» utilisé, au sujet de cette libération, par le secrétaire général de Synergie (second syndicat d'officiers de police).
«Ce n'est ni aux enquêteurs ni au préfet de dire qui est coupable et d'incarcérer. Le fonctionnement d'un régime démocratique comme la France c'est que la police fait des enquêtes, soumet le résultat des enquêtes à la justice et des magistrats indépendants, coupés de la pression politique, prennent des décisions», a-t-il poursuivi. Il a également rappelé que «la loi pénitentiaire impose aux magistrats de ne placer en détention qu'en dernier recours».
Le juge qui a pris la décision «n'est pas laxiste»
En outre, pour l'USM, le juge des libertés, auteur de la mise en liberté du braqueur présumé, n'est «pas un magistrat laxiste». Jeudi, ce juge a placé en détention provisoire quatre autres personnes dont deux mineurs poursuivis dans des affaires de vol à main armée d'une part et de viol d'autre part.
Interpellé mardi et mis en examen au terme de sa garde à vue, le second braqueur présumé du casino d'Uriage a été libéré jeudi et placé sous contrôle judiciaire. Une décision qui a provoqué la colère du parquet de Grenoble qui avait requis le placement en détention provisoire de Monsif G., âgé de 25 ans et déjà connu de la justice. Le ministère public a aussitôt fait appel de la décision du juge des libertés. Cet appel sera examiné le 9 septembre.
Le procureur général de Grenoble, Martine Valdes-Boulouque, a jugé cette remise en liberté «absolument inacceptable compte tenu des charges très graves qui pèsent» contre le braqueur présumé. L'homme a été mis en examen par la juge d'instruction pour «vol à main armée» et «tentative d'homicides volontaires sur agent de la force publique». Il a constamment «nié les faits» qui lui sont reprochés lors de sa garde à vue.
A son tour, le ministre de l'Intérieur, Brice Hortefeux, a exprimé ce jeudi soir, dans un communiqué, sa «très vive indignation» après cette remise en liberté.
Les policiers «écoeurés»
«Les policiers sont écoeurés», à de son côté réagi Patrice Ribeiro, secrétaire général du syndicat Synergie, le second syndicat d'officiers de police, dénonçant un «acte de forfaiture». «La clé des problèmes de sécurité dans notre pays, c'est l'absence de réponse pénale», a-t-il ajouté et cette décision «prouve que certains magistrats trahissent la mission dont ils sont investis» et «sabotent systématiquement le travail des policiers».
Nicolas Comte, secrétaire général Unité police SGP-FO (premier syndicat des gardiens de la paix) a exprimé «le ras-le-bol» des policiers en se demandant s'ils «devaient encore prendre des risques pour interpeller les truands».
«C'est inadmissible, intolérable et scandaleux», a déclaré pour sa part Frédéric Lagache, secrétaire général adjoint d'Alliance (Second syndicat de gardiens de la paix) qui a accusé «certains magistrats» de se livrer «à une croisade anti-policière».
«Nous ne pouvons pas continuer de travailler dans ces conditions», a-t-il ajouté «et à faire, seuls, respecter le droit républicain».
Monsif G. avait été interpellé mardi à Voreppe (Isère), à une quinzaine de kilomètres de Grenoble. Il est soupçonné d'avoir braqué le casino d'Uriage dans la nuit du 15 au 16 juillet en compagnie de Karim B. Ce dernier avait été tué après le hold-up dans un échange de tirs avec la police alors que son complice avait pu prendre la fuite. Ce décès avait provoqué trois nuits de grandes violences urbaines dans le quartier de la Villeneuve, où Karim B. avait passé son enfance.