Casino d'Uriage. La politique s'en mêle

4 septembre 2010 - Réagir à cet article

Fallait-il libérer sous contrôle judiciaire le second braqueur présumé du casino d'Uriage-les-Bains (Isère)? La décision prise jeudi soir par le juge des libertés et de la détention a rallumé les vieilles tensions police-justice, avant de prendre une tournure politique.

Un ministre «indigné», un président qui parle d'une décision «difficilement compréhensible» et des syndicats qui tirent à boulets rouges les uns contre les autres: la libération sous contrôle judiciaire de Monsif Gahbbour, 48heures après son interpellation, est loin de faire l'unanimité. Cet homme de 25 ans a été mis en examen pour «vol à main armée» et «tentative d'homicides volontaires». Il est soupçonné d'avoir participé à la mi-juillet au braquage du casino d'Uriage, avec Karim Boudouda, dont la mort lors d'un échange de tirs avec la police avait été suivie de trois nuits de violences urbaines. Ces émeutes, au cours desquelles les forces de l'ordre avaient essuyé des tirs à balles réelles, avaient amené le président de la République à prononcer fin juillet son discours de Grenoble sur la sécurité.

«Ras-le-bol» des policiers

Dès jeudi soir, le ministre de l'Intérieur, Brice Hortefeux, avait dit sa «très vive indignation», tandis que sa collègue de la Justice, Michèle Alliot-Marie, demandait immédiatement au parquet de faire appel. Entre-temps, des syndicats de policiers, déjà excédés par le non-placement en détention de deux jeunes condamnés à la mi-août dans l'Essonne pour des violences contre les policiers, concluaient que certains magistrats n'avaient de cesse de «saboter systématiquement» leur travail (Synergie), d'autres évoquant «le ras-le-bol» des policiers (SGP-FO). Mais hier deux autres organisations de policiers se sont montrées nettement plus pondérées, l'une appelant à «l'union sacrée» dans la lutte contre l'insécurité, l'autre refusant de «stigmatiser» quiconque. «On est dans une situation totalement irrationnelle, parce qu'on est à Grenoble», a estimé Laurent Bedouet, secrétaire général de l'Union syndicale des magistrats (USM, majoritaire).

Possible plainte des magistrats

«Comme si placer un homme en prison était la récompense du travail des policiers!», s'est-il indigné, en rappelant par ailleurs que «jeter le discrédit sur une décision de justice» était une «infraction» et que l'USM réfléchissait à «d'éventuelles plaintes si les mises en cause systématiques de magistrats persistent». «Tout se passe comme si, à partir du moment où le ministère annonce qu'on a arrêté le deuxième braqueur, c'est forcément lui», a également analysé Patrick Henriot, vice-président du Syndicat de la magistrature (gauche).

Polémique

Quoi qu'il en soit l'affaire a pris un tournant politique, certains n'hésitant pas à demander la suppression pure et simple du juge des libertés et de la détention. Si, sans surprise, l'UMP et le FN ont condamné cette libération (Marine Le Pen parlant de «forfaiture judiciaire»), le PS, par la voix du Finistérien Jean-Jacques Urvois, a rejeté la faute sur Brice Hortefeux, l'accusant d'avoir «pesé» sur l'enquête. Pour Elisabeth Guigou, à l'origine de la création du JLD, la présomption d'innoncence «doit s'appliquer à tous les justiciables : à monsieur Woerth, à monsieur Hortefeux, mais aussi à monsieur Ghabbour». Quant à l'avocat de Ghabbour, il a salué une décision «exemplaire» du juge, considérant que «le dossier» visant son client «est vide au niveau des éléments à charge». La chambre de l'instruction de la cour d'appel de Grenoble dira si elle est du même avis le 9septembre prochain après avoir examiné l'appel du parquet.

police municipale d'aix en provence